L'heure du Bilan
---------------------------------------Deuxième partie------------------------------------------
Cher Bill, Cher frère, Frérot, Yo frangin !, Bonjour Bill, Salut !, Hey Bill !,
Bill,
J'ai bien reçu ta lettre J'ai lu la lettre que tu as laissé et je te répond, et je voulais te répondre. Pfff, je sais même pas comment écrire à mon jumeau, tu te rends compte ? C'est con. Je suis con.
J'ai jamais eu ton don pour écrire et encore moins pour écrire ce que j'ai sur le coeur.
J'ai peur de comment tu vas réagir. Pour la première fois... non sans doute pas la première mais la première fois où je m'en rend vraiment compte... je n'arrive pas à anticiper ta réaction.
Je vais commencer par m'excuser. Je n'ai pas été un bon frère, et même pas un frère du tout, ces derniers mois/années. Je suis désolé. On s'est perdu. Je suis responsable, je le sais. J'ai rien voulu voir. J'ai fermé les yeux sur ce qui nous rongeait. On a changé à la longue. On a parcouru le chemin ensemble et on a bifurqué mais pas au même endroit. Les deux chemins qui nous éloignaient été des impasses et on l'a apprit à nos dépends. Peut être n'est il pas trop tard... Pas pour revenir en arrière mais pour reconstruire les choses, trouver un chemin qui nous mènera enfin quelque part... ensembles !
Je n'ai pas changé Bill... Je suis toujours ton frère... si tu le veux ? Je suis le même au fond de moi et il n'y a plus que toi à me connaître vraiment. Dis moi où tu es. Reviens !
Tu sais, c'est dur à dire, à avouer, mais j'ai souvent pleuré. Je ne suis pas complètement idiot ou aveugle. Je me suis rendu compte que les choses évoluées mal, changer vite... trop vite entre nous ! Je parle, je me met en avant, je me vante, me montre et affabule pour me rendre intéressant mais tu le sais bien toi que je ne suis pas comme je le montre. Les gens me voient de cette façon et m'aiment de cette façon. Etre comme ça c'est ma seule chance pour que les gens s'intéressent un peu à moi et que je ne disparaisse pas derrière toi, si charismatique et me remarquent un peu.
Je me suis enferé dans un rôle. Comme nous tous d'ailleurs. Tom le dragueur. Elles voulaient ça, il fallait leur donné ça. Tu connais la règle...
Alors oui, je te l'avoue à toi et à toi seul aujourd'hui, j'ai souvent pleuré le soir dans mon lit. Avant on dormait ensemble puis un jour tu n'es pas venu. Je t'ai demandé pourquoi et tu m'as dit "je tiens pas trop à me retrouver nez-à-nez avec une de tes ONS tu voix ! ". Tu avais un ton brusque et froid. ça m'a glacé. J'avais dit ça dans une interview la veille et comme tout le monde, tu es tombé dans le panneau, tu l'as cru. Je pensais que tu saurais que je bluffais, que tout ceci n'était pas vrai.
J'ai attendu les nuits suivantes et tu n'es pas venu. L'interview a été reprise par d'autres magasines et ma réputation s'est formée bien malgré moi. J'ai joué le jeu. On m'a incité à la faire. Et je t'ai perdu...
Je ne me suis pas rendu compte tout de suite que je te faisais du mal et qu'on s'éloignait. Quand je m'en suis rendu compte, j'ai eu mal, très mal. Mais c'était trop tard, du moins, je le pensais. On a rien vu venir. ça a d'abord été des petites choses: se servir avant l'autre...etc. Maintenant que j'y réfléchis, ça a commencé comme ça. Je n'y avais pas prit garde mais c'est ça aussi qui nous a détruit. Plus de petites attentions envers l'autre. Avant on formait un Univers à nous seul. A ce stade on se considérait comme les autres membres du groupe avec autant d'égard.
Puis après ça a été le bisou du soir ou du matin qui n'est plus devenu systématique et a finit par disparaître. ça, ça m'a blessé. Je sais que ça t'a blessé aussi, alors pourquoi ? Par manque de temps ? C'est débile !
Plus j'y pensais et plus ça me rendait malade. Je ne pouvais rien te dire, je n'osais plus. On s'est toujours tout dit mais là j'avais l'impression que tu ne comprendrais pas, que tu ne voyais rien. Finalement c'est bête car tu ressentais la même chose de ton côté et on aurait pu sauver la situation avant qu'elle ne devienne vraiment plus supportable. On s'est mis à se disputer pour un rien.
Même à l'écran on arrivait plus à faire semblant. On était moins proche, moins en phase dans les concerts.
Je n'avais même plus envie que tu viennes vers moi alors qu'avant j'attendais avec impatience ces moments où on était seuls au monde, rien que tous les deux, et la musique. Pfff, elle est où elle dans tout ça aussi ?
Pour Gustav et Georg, même phénomène. On s'est éloigné et on est devenu des inconnus les uns pour les autres, incapable de communiquer ou de se dire en face ce qu'on ressentait. Tout ça alors qu'avant on était toujours clairs envers les autres... Quel gâchis !
J'ai même pensé à un moment que ça n'était plus mes amis, que tu n'étais plus de ma famille. On a tellement changé. On ne l'a pas réellement choisit, ça s'est fait sans qu'on sache. Plus on s'est rapproché du public, plus on s'est éloigné les uns des autres.
On ne pourra jamais rebattire sur les vestiges d'un rêve passé, mais on peut essayé de construire autre chose...
Bill où es tu ? Reviens s'il te plait !
Je sais que maman t'envois ton courrier mais elle n'a rien voulu me dire. Je ne sais pas où tu es. Je me suis retrouvé en te perdant. Je veux NOUS retrouver... J'ai besoin de toi. S'il te plait.
Tomi le marsupilami (tu te souviens ?)Une larme tombe sur le papier brouillon. L'encre se mêle à l'eau et s'éparpille sans but précis en déformant l'écriture incertaine de mon frère. La gloire s'est mêlée à nos vies et on s'est éparpillé nous aussi, en perdant notre but, en déformant nos rêves.
Mes mains tremblent et je tiens difficilement la lettre. Maman me l'a envoyé hier.
Je ne suis pas loin, mais loin de ce monde.
Je ne sais pas quoi faire ? Dois-je répondre ? En tout cas, hors de question de le revoir tout de suite, je veux faire le point avec moi-même, me reconstruire, me retrouver et oublier...
Pour mieux nous retrouver, je dois oublier tout ça. J'ai aimé ce que je faisais. J'aime toujours chanté, mais plus sur une scène avec des fans qui hurlent mon nom sans connaître ce qui se cache derrière... QUI se cache derrière.
Je suis seul ici. Ma grand-mère est morte en laissant derrière elle ce chalet qui n'a plus été habité. Il est en très bon état, Oma en prenait bien soin. J'ai nettoyé de fond en comble cette petite cabane sur les hauteurs Alpines et je m'y suis installé.
Ici, personne ne me connaît. Je ne suis venu que étant petit et peu de gens ici s'intéressent à la musique. En fait, dans ce village, il y a surtout des bergers. Les quelques chalets autour sont surtout habités en période estivale.
J'écris une courte lettre, pour le rassurer et lui expliquer que je ne veux pas le voir tout de suite, et descend au village plus bas dans la vallet, là où il y a un bureau de poste.
Je l'envois à maman, elle lui transmettra. Elle sait où je suis et pourquoi, je n'ai pas pu lui cacher, elle a deviné une partie. Alors je lui ai parlé... et elle m'a comprise. ça faisait du bien de la retrouver elle aussi.
Elle est la seule personne à savoir. Elle ne doit pas m'appeler... qu'en cas d'urgence. Elle m'envoie mon courrier et m'écris les nouvelles.
Je suis là depuis 1 semaines et demi. Personne ne me remarque et je fais tout pour ne pas me faire remarquer.
Je ne sais pas combien de temps je vais rester ni quand je vais revoir Tom. Je pense aussi à Gus et Geo, ils me manquent... Je réfléchis beaucoup et je nous revois plus jeunes. Comme on était naïf ! Comme c'était bon d'être naïf...
A suivre...